L’acier au service des populations, non du profit !

Attac a appris avec consternation et stupeur l’annonce d’ArcelorMittal de licencier 1.300 salariés du bassin sidérurgique liégeois. Après avoir fermé la phase à chaud (fonte et acier), coûtant 795 emplois supplémentaires, c’est la fin d’un site historique de l’acier qui est ainsi programmée.

Venant d’un individu qui est la 21e fortune mondiale (environ 15 milliards d’euros), Lakshmi Mittal, c’est particulièrement choquant.

Nous comprenons la colère des travailleurs d’ArcelorMittal et soutenons leurs actions. Nous appuyons leur demande de nationaliser le secteur à la fois pour sauver les emplois et pour assurer une autre orientation à l’économie que celle de la rentabilité et de la compétitivité.

Nous sommes aussi solidaires des ouvriers de Florange en Moselle qui mènent un combat similaire ; nous le sommes tout autant des travailleurs licenciés un peu partout au nom des bénéfices (que ce soit à Renault, Peugeot Aulnay, Ford Genk…) : ces luttes préparent l’avenir et contribuent à construire une autre société où la rémunération des actionnaires et des dirigeants d’entreprise ne sera plus l’alpha et l’oméga de la politique économique.

Les besoins en acier sont, pourtant, multiples et urgents. Il faut construire davantage de logements pour ne pas laisser des milliers de gens sans abri ou pour ne plus permettre que nombre d’habitants ne soient obligés de se contenter d’un logement exigu, insalubre (et mal isolé) parce que les autres sont trop chers. Beaucoup plus de crèches sont nécessaires. Des écoles sont à réaménager, des bâtiments publics tombent en ruine, des infrastructures nécessitent des réparations urgentes… Des véhicules de transport en commun (trains, trams, bus…) doivent être construits et mis en circulation pour désengorger les villes et pour lutter contre la pollution de l’air… Tout cela demande de l’acier.

Par rapport aux besoins sociaux de base, il n’y a pas trop de capacité de production et il est donc inutile de fermer des outils. La surcapacité n’existe que parce que la demande solvable fait défaut, les revenus d’une grande part de la population étant trop bas. Si, dans le sud de l’Europe, on assène plan d’assainissement sur plan de rigueur et si, dans le nord, on liquide les usines, comment peut-on espérer redresser la demande solvable qui permettrait la pleine utilisation des capacités et sauverait ainsi revenus et emploi ?

La crise de l’acier et de l’automobile nous confronte à un problème beaucoup plus fondamental : pour quel type de société produisons-nous ? Pour une minorité de fortunés qui, vivant des dividendes et des jetons de présence aux conseils d’administration, peuvent se payer les produits sophistiqués issus de nos usines ? Ou pour l’ensemble de la population, y compris celle qui n’a pas toujours les moyens de s’offrir les produits au prix coûtant ?
Attac, organisation d’éducation populaire tournée vers l’action, participe à cette réflexion tout en soutenant le combat des salariés pour sauver les emplois et l’avenir sidérurgique liégeois, wallon, belge, européen…